mboch5Il y a de quoi être pantois face à l'état d'expectative dans lequel se trouvent les chantres de la " Nouvelle Espérance " devant les défis du 3ème millénaire parmi laquelle figure en bonne place, la réduction de la pauvreté. En dépit d'une explosion inespérée des recettes pétrolières ces cinq dernières années, une pauvreté tenace, agressive et, presque structurelle s'est obstinément installée sur toute l'étendue du territoire national au point que 75 % de la population congolaise vit désormais dans une extrême pauvreté.

Le Congo aligne sans effort des taux de croissance du PIB que nous envient les économies industrialisées. Ces taux de croissance anormalement élevés, génèrent une certaine atonie, tant les Congolais se bercent dans l'illusion statistique. Les dirigeants congolais se sont toujours leurrés par des taux de croissance du PIB de 5, 6 voire 8%, mais ils ont naïvement ignoré la chose essentielle : ces taux de croissance résultent davantage de la valorisation de la rente pétrolière que d'une dynamique de l'appareil productif. route2

En réalité, la richesse générée par 10% de taux de croissance au Mozambique n'est plus entraînée que par 0.08% de croissance en Corée du Sud et 0.008% au Japon. C'est pourquoi, il convient de toujours tempérer l'euphorie née d'une progression annuelle du produit intérieur brut.

Les effets positifs induits par la croissance d'un PIB sur l'économie d'un pays, dépendent non seulement de sa structure, mais également des relais sur le terrain. Notre pays qui a sombré dans les facilités d'une économie de rente, avec 90% des recettes d'exportation et 75% des recettes fiscales provenant des hydrocarbures, a du mal à tirer son épingle du jeu. Et pour longtemps, le défi le plus redoutable que la communauté bancaire et les pouvoirs publics congolais devront relever reste indubitablement, la réduction de la pauvreté.

Que peuvent le système bancaire et l'ingéniosité légendaire congolaise, là où programmes d'ajustements structurels, dévaluation, et autres reformes macro-économiques introduites et la flexibilité qu'elles entraînent, ont certainement permis au Congo de renouer avec la croissance mystificatrice, sans véritablement faire reculer la pauvreté ?

Disons-le avec force : il est illusoire de s'attendre à brève échéance au développement d'un pays en plongeant délibérément sa population dans une pauvreté absolue. Des dynamiques endogènes, indispensables pour un maintien durable de la croissance, doivent être recherchées à l'intérieur du pays. A l'instar de beaucoup de pays asiatiques, des actions visant à développer le marché domestique doivent être menées en concomitance avec l'augmentation de l'investissement et de la productivité. Un pays comme

la France

compte énormément sur son marché domestique qui absorbe 75% de sa production.

Dans la perspective d'une dynamisation de son marché domestique, la banque congolaise doit en finir avec l'exclusion financière. Du fait de la fonction centrale qui lui est impartie, le système bancaire a une responsabilité qui ne devrait pas se limiter à la création de valeurs pour ses actionnaires. Il doit participer en première ligne au développement de l'économie et au progrès de la société. La plupart des Congolais sont purement et simplement exclus du système bancaire, car, ne disposant pas d'un compte en banque, de moyens de paiement ni d'accès au crédit.

Cette exclusion s'est accentuée depuis l'assainissement du paysage bancaire en Afrique francophone en 1991. Depuis lors, les objectifs de rentabilité sont au centre des préoccupations des banques, elles accordent une forte préférence pour le financement du cycle d'exploitation de l'entreprise, en rechignant à financer le haut du bilan.

La nouvelle orientation des banques les contraint à octroyer plus de crédits à court terme pour les activités de commerce et de services au détriment du financement des petites et moyennes entreprises qui sont tout bonnement évincées.

En excluant ainsi beaucoup de Congolais de la sphère marchande, on stérilise ce faisant, un potentiel considérable d'initiatives, de production et de consommation.

Pour pallier à un tel état de fait, aux Etats-Unis par exemple, le Community Reinvestment Act a conduit les banques commerciales à se réimplanter avec des résultats positifs, dans des régions ou des quartiers en difficulté.

les Caisses Desjardins ont commercialisé avec succès une offre de produits adaptée à une clientèle très modeste, délaissée par de grands réseaux bancaires. Cette démarche offre les avantages suivants : outre la suppression d'un système financier à deux vitesses, il renforce la cohésion sociale. Tous les acteurs sont placés sur un pied d'égalité - pas de distorsion de concurrence - et peuvent tirer parti d'un élargissement de clientèles solvables.

Par ailleurs, une kyrielle de mesures, associant des réseaux bancaires, les acteurs publics nationaux et locaux, les responsables associatifs doivent être entreprises afin d'assouplir le système bancaire. A terme, ce système jouerait sa fonction essentielle d'allocation du capital aux besoins de la société, tout en redynamisant le marché domestique. Ces mesures doivent être menées sur les bases suivantes :

• encourager la mise ne place d'un certain nombre de réseaux d'appui aux nouveaux entrepreneurs (exemple : Association des jeunes artisans, Associations des réparateurs de vélo etc..);

• mise ne place d'un service bancaire accessible à tous à un coût très modique. On pourrait par exemple installer un fonds national de solidarité, géré par la profession bancaire et alimenté par exemple par une taxe insignifiante sur chaque transaction par chèque ou par carte bancaire. Ce qui permettrait d'en mutualiser en partie le coût et le risque;

• extension des systèmes de garantie publics ou mutualistes, ce qui permettrait de sécuriser les prêteurs et les investisseurs;

• au niveau des régions et des agglomérations par exemple, en contre partie d'une aide publique (gratuité de loyer ou exonération de taxe professionnelle), on peut opter pour des engagements contractuels négociés, afin de d'ouvrir des guichets bancaires et/ou de prêts à des activités économiques dans les territoires en difficulté...

• une meilleure association public- privé permettrait de traiter efficacement les difficultés des personnes ou d'entreprises en situation fragile.

En appliquant ces principes simples au sein de nos deux banques centrales africaines de

la Zone Franc

(BEAC et UEMOA) par exemple, on arrivera au niveau du Congo à l'émergence d'un véritable « citoyen- consommateur congolais ».

Si tous les acteurs privés, mutualistes ou publics assuraient et reconnaissaient cet engagement sociétal, cela redonnerait incontestablement à l'industrie bancaire congolaise toute sa légitimité et sa noblesse aux yeux de tous les congolais.

En dehors de l'action bancaire, un certain nombre d'actions doivent être entreprises pour injecter la masse monétaire et augmenter la demande intérieure :

• Développer les établissements de capital-risque qui apportent aux entreprises des compléments nécessaires de fonds;

• Au Sénégal par exemple,

la CBAO

a acquis depuis 1994, une société de capital-risque et une société de crédit-bail, ce qui a facilité l'accès des PME au crédit bancaire.

Cependant, la principale innovation qui procède manifestement d'une grande ingéniosité est le micro- crédit : c'est un véritable projet d'activités générateurs de revenus. Une bonne leçon nous a été donnée par le prix Nobel de la paix, le Bangladais Muhammad Yunus qui en fondant

la Grameen

bank « la banque des pauvres » est en train de repousser chaque jour les limites de la pauvreté au Bengladesh qui est parmi les pays les plus pauvres de la planète.

Une fibre patriotique par exemple suffirait à Dénis Ngokana, spécialiste de son Etat dans la création des sociétés écrans spécialisées dans les détournements des recettes pétrolières, de mettre en place des structures vouées à la redistribution du pouvoir d'achat à un grand nombre d'investisseurs potentiels. Non, le sieur Ngokana est préoccupé par la « privatisation » des centaines de millions de dollars de revenus pétroliers.

Pourtant, les ASF (Associations de Services Financiers) qui ne sont qu'une version modernisée des tontines gérées et financées par les paysans eux-mêmes, ont la particularité d'être moins touchées par l'insolvabilité. Partout où elles ont été mises en place, les taux de recouvrement ont atteint les 98% avec une marge bénéficiaire de 20%.

La généralisation de ces formes de financements permettrait non seulement de soustraire une frange importante de la population de l'assistanat pur, mais aussi les transformerait automatiquement en consommateurs à part entière. L'on sait par ailleurs qu'au Congo, les femmes sont souvent exclues de la possibilité d'accéder au crédit, ce système donne la chance à tout le monde.

En définitive, en étendant ce formidable instrument de réduction de pauvreté dans les zones urbaines, on a toutes les chances de transformer raisonnablement ce cercle vicieux de la pauvreté dans lequel la " Nouvelle Espérance " entraîne notre pays, en un cercle vertueux de la solidarité, du progrès, seul gage pour la construction d'une société plus juste. Encore faudrait-il que Sassou et son clan de prédateurs, qui ont à leur disposition les leviers économiques essentiels de notre pays le veuillent.